Poème "Fée l'un, Fée l'autre"
L'un se nomme « Tigrou », de pelage blanc et roux,
Cicatrices, œil voilé et air de guingois,
« Je ne suis pas beau mais gentil, adoptez moi »
Touchante affiche pour cet esseulé si doux.
L'autre se nomme « Ramsès », belle robe noire de panthère,
Air fier, démarche majestueuse, félin autonome,
« Je vaux bien plus qu'eux » semblent dire ses yeux jaunes,
Jolie pirouette pour un être aussi tendre que ses pairs.

L'un et l'autre voient enfin venir le dimanche,
Journée tant attendue où se pressent les visiteurs,
Leurs caresses, leur attention pour quelques heures,
Tous espoirs d'adoption, telle une douce revanche.
L'un, derrière son grillage, tourne comme un lion en cage,
Des gens passent, jamais un regard pour lui,
Trois ans d'abandon, il en a pris son parti.
Une main tendue, une voix douce, enfin un message !
L'autre voit ses amis minauder pour séduire,
Miaulements, dos ronds ou câlins, tout semble bon !
Soit ! Frôlements, pattes dans les pas sur clair ronron,
Que ne faut-il faire pour enfin d'ici sortir !

L'un et l'autre sont alors ensemble isolés,
Chacun s'ignorant, oreilles et nez à l'affût,
Dans ce coin étroit, loin des autres, regard perdu,
Serait-ce la porte de cette liberté tant rêvée ?
L'un, marqué dans sa chair, est nommé « Tattoo »
Sans âge défini, à cause d'un accident,
Parfois joueur, souvent rêveur, toujours aimant,
Faisant de son handicap son meilleur atout.
L'autre, par simple évidence, est renommé « Réglisse »
Malgré son jeune âge, il est pausé, accessible,
Plus en demande de présence humaine, plus sensible.
Deux inconnus, différents, déjà si complices.
L'un et l'autre connaissent l'angoisse de la voiture,
Laissant derrière eux leurs compagnons d'infortune,
Nouvelle maison, premiers pas, timide recul,
Chaleur d'un foyer, douce perspective du futur ...

"Avengers"
Le pari était un peu risqué avec ce cross over de super-héros dont les luttes et les caractères respectifs semblent si différents. Pourtant, la recette avait déjà été appliquée dans "La ligue des gentlemen extraordinaires" il y a dix ans, avec un résultat plutôt réjouissant. Dans "Avengers", la recette est reprise sauce Marvel, avec un méchant qui n'a rien à envier à celui de "la ligue", prêt à mettre le monde à ses pieds. Quand l'humanité est menacée, chacun laisse son égo de côté, parfois difficilement, tombe le masque, montre ses failles, et apprend à connaître les autres super-héros pour tenter de se liguer contre le Mal et sauver la Terre.
Pour ceux qui n'auraient pas vu le film consacré à chacun des héros, pas de panique. Le contexte est vite retracé, le spectateur aussitôt resitué. Les scènes d'action sont abondamment présentes, l'humour ne fait pas défaut, le côté sexy est représenté par une Scarlett Johanson en forme, mais on peut regretter un soupçon "d'humanité" dans ce block buster de 2h15 qui finalement, n'est là que pour nous faire rêver et passer un bon moment, sans rester toutefois inoubliable. Bref, pour les spectateurs qui cherchent plus la détente que la réflexion...

"Le Prénom"
Malgré quelques rares scènes extérieures (présentation des personnages et flash backs), le huis clos sent nettement le théâtre filmé, mais ce confinement met largement en valeur le jeu des acteurs et les dialogues ciselés et rythmés qui donnent la part belle - et égale - à chacun d'entre eux.
Entre un monde bobo et un monde bling bling où tout semble aller pour le mieux grâce à une amitié remontant à l'enfance, le vernis s'écaille dans une même soirée, pendant laquelle la montée en tension se fait de façon subtile, au fil des griefs si longtemps enfouis et reprochés à chacun, le déclic étant le choix du "Prénom" de l'enfant à venir.
Entre mordant, amertume et éclats de rire dus à des répliques pleines de références, de finesse ou d'humour potache, une comédie jouissive vivement conseillée!

Poème "Virus virtuose"

Août nymphose doucement s'impose,
Etrange langueur, humeur morose,
Image miroir, anamorphose,
Matin paresse, douce symbiose.
Sons, couleurs et gens indisposent,
Chaque pas fait, chaque mot prononcé,
Làs, sournoisement décompose.
Pauvre chose, sans cesse démotivée.
Telle une droguée cherchant sa dose,
Parfois vive, souvent déconnectée,
Ou telle une fleur que nulle n'arrose
La demoiselle semble s'étioler.
Rayon de soleil sur paupières closes,
S'oppose au cuir frais du canapé,
Le corps soumis comme sous hypnose,
Apothéose d'oisiveté.
Jours et semaines ainsi s'imposent,
Du pas grand-chose en overdose.
Auteur de cette métamorphose ?
Mononucléose, virus virtuose ...
"O Sister"

Votre soeur et vous, vous n'aviez que quatre ans et demi d'écart, la même éducation, et pourtant, tout vous séparait. Vous étiez encore petites quand vos parents, divorcés, ont chacun fait le choix de ne pas vous élever et vous avez alors été confiées à vos grand-parents maternels. Vous n'aviez que deux ans quand votre grand-père est décédé, et vous n'avez donc que de très lointains souvenirs de lui, effacés par le temps, mais ravivés par les anecdotes que vous narrait votre grand-mère. Petit bout prématuré que vous étiez, vous n'en étiez pas moins vive, d'esprit et de gestes, et votre grand-mère vous rappelait que lorsque votre grand-père vous demandait à toutes deux d'apporter ses chaussons ou bien "sa carotte" pour sa tabatière, vous partiez comme une flèche sur vos petites jambes et reveniez tout aussi vite, alors que votre soeur, elle, était encore sur place, dans la réflexion, et vous balanciez le tout avec un "tiens pépé!" avec un sourire qui excusait votre si jeune insolence. On appréciait chez vous cette vivacité, ce petit caractère entier et déjà affirmé, ce sourire toujours affiché, qui compensaient largement ce que la nature ne vous avait pas donné : chétive, le teint blanc et maladif, l'appétit léger, les oreilles décollées, les premiers pas à 17 mois, la ressemblance paternelle tout juste tolérée...
Votre soeur, elle, c'était la petite poupée. Petite brunette dodue aux yeux verts en amande, toujours vêtue de blanc dès son plus jeune âge avec tous les linges tricotés par vos grand-mère et grand-tante, pondérée voire lunaire, mais toujours gracieuse, elle faisait l'admiration de tous dans la famille, souvenirs et photos à l'appui, au cas où vous n'auriez pas compris. Etant l'aînée, elle avait vécu des moments privilégiés avec votre grand-père qui n'était que joie et fierté de la promener avec lui le dimanche, allant chercher le traditionnel Saint Honoré et la baguette, la présentant à ses amis avant de passer par le square où tous deux lançaient des miettes aux oiseaux et où semblait toujours présent un petit merle, qui, non plus farouche, s'approchait pour aller manger au plus près d'eux. Cette scène, vous l'avez entendue narrer des dizaines, des centaines de fois, vous aviez l'impression d'y être et vous ne pouviez que sourire, tout en souffrant de ne pas avoir connu, vous aussi, ces moments à deux avec ce grand-père parti trop tôt...
Votre grand-mère, restée seule, a continué à toutes deux vous élever. Votre mère venait le mardi soir et le samedi vous voir, votre père vous prenait un week end sur deux pour vous emmener chez lui ou passer le dimanche chez votre oncle et votre tante, et vous y amuser avec votre cousine durant l'après-midi. Votre quotidien était ponctué par l'école, les devoirs. Avec votre différence d'âge, elle était au primaire quand vous n'étiez qu'à la maternelle, et passait au collège quand vous même passiez au CP. Vous n'aviez donc pas de moments communs à l'école, chacune avec vos camarades respectives, et ne vous êtes vraiment vues qu'au collège, quand vous étiez en 6ème et elle en 3ème, mais elle était déjà "une grande" et faisait peu cas de sa petite soeur, comme souvent les frères et soeurs d'ailleurs. A la maison, vous faisiez vos devoirs sagement, l'une dans la cuisine, l'autre dans la salle à manger, pour ne pas déranger le travail respectif. Tour à tour, vous l'avez entendue réciter les poésies, puis l'anglais, puis le latin et ensuite l'allemand, qui vu la difficulté, vous a fait choisir sans hésiter l'espagnol quand est venu votre tour de choisir une seconde langue ! Vous étiez toutes deux bonnes élèves, voire très bonnes même, et pourtant, à part les maths qui vous ont toujours rebuté et fait versé des larmes sur des exercices que vous ne compreniez décidément jamais (et vous n'avez pas changé!), vous aviez la faculté d'apprendre pendant les cours grâce à une mémoire déjà très développée, alors que votre soeur, pourtant douée, bûchait bien plus sérieusement que vous le soir venu.
Plus petites mais également pré-ado (pour vous) et ado (pour votre soeur) vous aviez des moments communs auxquels vous vous prêtiez volontiers : les jeux de société par temps de pluie où, pour certains, vous vous révéliez une mauvaise joueuse hors du commun (cela dit, vous soupçonnez votre soeur d'avoir triché plus qu'à son tour, au Monopoly par exemple!), la musique écoutée sur le transistor (bah, les plus jeunes doivent ignorer ce mot!) et pour laquelle vous voyiez déjà vos goûts musicaux différer, les chansons que vous enregistriez sur le magnétophone tout juste offert, les portraits chinois le soir dans la chambre avant de s'endormir, les admirations secrètes pour tel élève ou tel artiste connu, les tentatives de recettes échouées lorsque votre grand-mère partait faire les courses et vous laissait seules comptant sur notre caractère raisonnable (hum...), les verres apéro sirotés jusqu'à la dernière goutte quand s'achevaient les repas de famille, toujours trop longs mais si rares, dès que les personnes tournaient le dos, les séries que vous regardiez le samedi après-midi dans le fameux "samedi est à vous" ou (soi-disant!) le spectateur choisissait sa série à diffuser en votant par téléphone, les frayeurs que vous vous faisiez devant "Au-delà du réel" ou la musique de "la Quatrième dimension", l'humour que vous appréciiez dans "Chapeau melon et bottes de cuir", le "Dallas" du samedi soir tant attendu, les pleurs sur la mort de Mike Brant et de Claude François, dont vous relisiez les biographies chaque semaine en achetant "Podium", les Noël que vous passiez chez votre mère avec votre grand-mère, le sapin si beau, les cadeaux désirés à ses pieds le matin, la neige dehors avec laquelle vous faisiez des bonhommes, avant de rentrer frigorifiées pour vous caler avec un chocolat chaud devant "Croque Vacances" pour y suivre les aventures de la Famille Ingalls.
Bien sûr, tout n'a pas toujours été aussi "léger". Vous aviez bien sûr les engueulades, parfois pour des broutilles, souvent pour des jalousies mal placées, et vous brandissiez méchamment chacune le complexe de l'autre pour gagner : elle "les oreilles décollées" héritées de votre père, vous "sa forte poitrine toujours collée au pull", et vous démarriez en courant autour de la grande table de salle à manger en criant (surtout vous!) avant d'être séparées par votre grand-mère qui, pour l'occasion se fâchait. Vous n'oubliiez pas non plus, lorsque la famille était là et discutait, que les voix baissaient ou les conversations se taisaient quand vous arriviez dans la pièce, et vous mettiez cela sur des conversations d'adulte quand on vous congédiait gentiment dans l'autre pièce, sauf que vous n'avez pas compris le jour où votre soeur y participait. Le privilège de l'adolescence, sans doute, aussi vous tardait-il de grandir. Pourtant, l'adolescence n'était pas si tranquille et avant que le phénomène ne vous atteigne, il a touché votre soeur, qui a alors fait le choix d'aller vivre avec votre mère. Vous vous êtes donc retrouvée seule avec votre grand-mère, puis, votre soeur partie à 18 ans de chez votre mère pour continuer ses études et sa vie sur Paris, vous avez donc pris le relais. Le collège vous semblait simple, les notes toujours bonnes (sauf les maths, toujours!), et pourtant vous aviez une pression constante. Votre nom n'étant pas courant, vous aviez souvent des professeurs intelligents qui vous laissaient apprendre selon vos capacités, sans vous comparer, mais bien sûr, d'autres moins bien intentionnés pour toujours comparer votre travail à celui, très bon et égal, de votre soeur et vous demander par là même de faire aussi bien. Si ce n'est mieux. Vous vous rappelez de cette fois où, lors d'une réunion inter-classes, placée au fond pour vous faire discrète (comme à votre habitude!), vous avez vu tous les regards se tourner vers vous lorsque la professeur a mentionné que votre soeur venait d'obtenir son bac de français avec 17 et son bac de latin avec 19. Vous pensiez en rester là, et pourtant vous avez revécu la même chose en seconde, avec une prof d'anglais qui vous détestait et croyait bon, comme à l'armée, de vous appeler par votre nom. Il n'en fallait pas plus pour que la rebéllion soit en marche. Il vous est d'aiilleurs permis, avec le recul, de douter de la pédagogie de certains (voire beaucoup!) de professeurs, mais de douter bien plus du soi-disant bon ton donné dans les écoles privées...
Votre soeur continuait ses études, vous étiez en activité depuis presque deux ans, sans diplôme, mais juste votre ténacité et votre envie d'apprendre en poche, et la chance d'avoir été formée "sur le tas", à une époque où cela se faisait encore. Vous étiez toujours chez votre mère, votre soeur avait son premier appartement, et malgré vos vies respectives bien occupées, vous parveniez à vous voir certains week ends, que vous passiez chez elle. Vous vous baladiez dans Paris, alliez au cinéma, visitiez des musées, alliez boire un pot ou manger une glace dans les quartiers populaires, trainiez dans les marchés ou les boutiques de fringues, écoutiez de la musique en faisant découvrir à l'autre vos goûts respectifs. C'est amusant. Votre soeur, à l'attitude si calme et si pondérée, devenait volubile et exubérante à l'énoncé de ses coups de coeur : elle aimait les couleurs vives, les changements de coiffure, les tenues exotiques, quand vous n'aimiez que le style classique et les coupes au carré. Elle se parfumait généreusement à "Opium" ou "Poison" quand vous osiez à peine un "Miss Dior". Elle ne jurait que par Moustaki, Reggiani, Wooton et Cohen, quand vous n'écoutiez que du Lauper, Springsteen, Farmer ou Goldman, qui ne lui évoquaient pourtant rien bien que les radios les passent en boucle. Elle s'extasiait devant une sculpture ou un tableau dont le sens vous échappait quand votre envie de pleurer se faisait devant la finesse d'un Raphaël ou d'un Vermeer. Elle trouvait sagesse dans les amitiés ou les écrits religieux, quand vous étiez apaisée par le silence ou les lignes d'un roman policier. Elle détectait une beauté et un côté fascinant aux hommes de deux fois son âge quand vous ne les auriez même pas regardé. Elle vantait les mérites de l'Irlande ou la Russie qu'elle venait de visiter, achetant un billet et dépensant sans compter l'argent que vous veniez de lui prêter pour solder des factures ou un loyer impayés. Elle était panier percé et cigale, quand vous n'étiez qu'économe et fourmi. Elle semblait s'enthousiasmer pour un rien et semblait si vivante, alors que vous n'étiez que modération et silence.
Vous veniez d'avoir 19 ans et un coup de téléphone a fait basculer votre vie. C'était votre soeur qui, sans préambule et avec la diplomatie qui la caractérisait (hum, çà doit être de famille...), vous annonçait avoir quelque chose à vous dire. A peine le temps de vous asseoir et vous l'avez entendue marteler l'impensable. Oui, vous aviez été élevées ensemble. Oui vous aviez votre mère en commun. Mais non, vous n'aviez pas "le vieux" (comme elle appelait votre père) en commun. Elle n'était qu'une "bâtarde", ignorant qui était son père, fruit d'un inconnu et d'une fille-mère, chose impensable dans les années 60, et adoptée par votre père lorsqu'il a épousé votre mère. Vous ne l'entendiez plus. Comme dans un film à pirouette où tout se révèle à la fin, comme un objet que vous voyiez tomber au ralenti, votre cerveau fait alors un bond en arrière et par épisodes, tous plus rapides les uns que les autres, vous repensiez à plein de détails, incompris sur le moment, expliqués à ce même instant : la surprotection déployée à son encontre par les anciens de la famille, les conversations tues ou les voix baissées lorsque vous entriez dans une pièce, les "oui mais toi, tu ressembles à ton père", la photo du fils décédé d'un ami de la famille dont on admirait la couleur d'yeux, si semblable à ceux de votre soeur, la recherche généalogique effrénée par votre soeur lors de son adolescence, l'attachement systématique aux hommes plus âgés en qui elle voyait un père, l'attirance non expliquée par la religion juive et l'étranger, se questionnant sur la propre origine et religion de son père biologique. En quelques secondes, tout vous est revenu. En quelques secondes, tout s'est expliqué. Ou presque. Car encore une fois, vous voyiez votre vie ponctuée par un non-dit, par une mise à l'écart, par un manque de confiance peut être...
A présent au courant de ce secret familial, vous avez bien tenté d'en parler, d'en savoir plus, avec votre mère, votre grand-mère. Mais il est dit que, décidément, cela resterait un secret familial... Cela ne vous a pas empêché de continuer de voir votre soeur, moins souvent, peut-être par vos activités professionnelles respectives, par vos vies privées qui s'orientaient différemment, par l'enfant que vous avez eu avant elle, par vos mondes décidément de plus en plus opposés. Peut-être aussi par l'atteinte portée à votre confiance en votre grand-mère, votre mère, votre soeur. Votre famille. Pourtant, quand vous avez eu votre fils, vous aviez envie qu'il connaisse sa tante et avez mis cette blessure à couvert. Elle ne l'aura vu que 4 fois. La première en juillet 1996, cinq mois après la naissance, la dernière en juillet 1998. Début 1999, vous deviez travailler un samedi et votre soeur promettant, toujours dans l'enthousiasme, de pouvoir rendre service, vous l'avez appelée deux jours avant pour qu'elle vous garde votre fils. Bien sûr qu'elle le pouvait. Sauf qu'elle ne se déplacerait pas et que c'était à vous de l'amener le matin même. Considérant votre vieille voiture et les deux heures de trajet aller et retour, vous vous êtes débrouillée autrement et une amie vous l'a finalement gentiment gardé. Vous n'aviez jamais eu à demander service à votre soeur, mais là, vous aviez compris la leçon. A ne pas oublier, en essayant malgré tout de comprendre et pardonner. En avril, au chômage et en graves difficultés financières, vous avez alors demandé à votre soeur, dans un courrier délicatement tourné, de vous rembourser une petite partie de ce que vous lui aviez prêté il y a quelques années. La réponse n'a pas tardé. Négative, bien sûr, car elle-même "en difficulté". Comme toujours. Comme votre mère. Cà, au moins, on sait de qui elle tient. Sauf que parmi toutes les personnes qu'elle a financièrement sollicitées au cours de sa vie, vous n'êtes pas la plus riche et vous vous devez d'insister. Pas en meilleurs termes avec le père de votre fils, vous avez également peur d'en perdre la garde. Un chèque, loin du compte mais toujours bienvenu, ne vous parviendra que trois mois plus tard. Avec ou sans les intérêts, vous n'avez jamais revu le reste. Mais peut- être que ce prêt familial était-il finalement considéré comme un don ? ...
Vous ne le saurez jamais. Car vous n'avez pas pardonné cette seconde entaille en votre confiance et vous avez décidé à ce jour, après avoir essayé malgré tout de comprendre ses raisons et motivations, de ne plus voir votre soeur. Bien sûr, quelques années plus tard, via Internet, elle a tenté via un réseau social de prendre contact, que vous avez ignoré. Bien sûr, par votre mère qui n'a que peu de nouvelles d'elle - même habitant dans le même département et à 20 minutes l'une de l'autre - vous avez su qu'elle vivait toujours avec le même homme que vous lui connaissiez, qu'elle avait eu une fille, une cousine que votre fils ne connaîtra pas, qu'elle a changé plusieurs fois de travail. Bien sûr vous savez qu'elle était allée à l'enterrement de votre père voilà dix ans, distribuant une rose à chaque personne présente en croyant bon de faire la morale un tel jour devant une personne décédée dont elle ne faisait cas qu'en lui demandant de l'argent, l'ignorant le reste du temps. Bien sûr, vous saviez qu'elle avait coupé les ponts avec certains membres de votre famille qui la louaient tant enfant et qui se sont mordus les doigts, eux aussi, de lui avoir accordé temps, argent et confiance.
Votre soeur reste votre soeur biologique utérine (expression médicale et désuète détestable, oui, oui, vous êtes d'accord!), la personne avec qui vous avez partagé votre enfance, une infime partie de votre adolescence et avec qui vous avez reçu la même éducation, qui aurait pu vous rapprocher si vos mentalités respectives ne s'en étaient mêlées. On choisit ses amis, on ne choisit pas sa famille. Vous êtes l'exemple flagrant de ce dicton. Quelques années plus tard, vous avez trouvé des parents en la personne des parents de votre meilleure amie. Et votre meilleure amie, depuis 16 ans que vous la connaissez, est devenue votre soeur de coeur...
"Courrier indésirable" Part Three
No comment !!!!!!!!

Retour à l'envoyeur ou poubelle recyclage direct ?
AM STRAM GRAM ...
"Somebody I used to know" par Walk off the Earth
Gros coup de coeur sur la version de GOTYE avec Kimbra.
Mais là, je dirais que la reprise, très originale, surpasse la chanson initiale. J'A-D-O-R-E !!!
"O' Brother"

Votre frère, c'est l'ovni qui a atterri dans votre adolescence sans crier gare. Au moment où vous vous y attendiez le moins. Peut-être pas au meilleur moment, mais en tout cas pas au pire. Un soir où vous êtiez nonchalamment allongée sur votre lit en train de bouquiner, votre père vous a téléphoné. Etrange, cela faisait des semaines qu'il n'avait pas donné de nouvelles, à part une carte postale envoyée deux mois auparavant de Mostaganem, en Algérie, où il effectuait un chantier en tant que chauffagiste. Votre père est un taciturne qui va à l'essentiel et ne passe pas par quatre chemins (tiens ? çà vous rappelle quelqu'un !) Il vous a demandé comment vous alliez, et votre réponse à peine absorbée, vous a aussitôt annoncé qu'il allait bientôt revenir en France, qu'il ne sera pas seul car il a rencontré là-bas une jeune femme, que cette dernière était enceinte, que vous aurez donc au mois de Mars un petit frère ou une petite soeur, et vous dit qu'il vous retéléphonera dès son retour, pour vous voir et vous les présenter. Sur le moment, vous vous êtes sentie dépassée. Par gêne, par peur de votre réponse et de votre réaction, ou tout simplement par rapport au coût élevé de la communication, il a abrégé et vite raccroché. Vous vous êtes retrouvée à regarder l'appareil, comme si tout s'était passé dans un rêve, avec tous les mots qui ont accroché votre cerveau "retour, belle-mère, frère ou soeur, France, présentations" qui tournaient et retournaient sans pouvoir les associer, comme les pièces d'un puzzle que vous n'arriviez pas à assembler ...
L'adolescence réserve bien des surprises mais la vôtre a été particulièrement servie. La scolarité brillante que vous avez décidé par rebellion, de poser en échec, le physique ingrat, les amours inconcevables, le suicide raté. Vous vous êtes repliée sur vous-même, vous n'arriviez plus à avancer, ni à voir les choses et la vie belles, ne parveniez pas à aller vers les gens. Vous vous êtes enfermée dans cette bulle bien à vous pendant deux longues années avant de vous en sortir. De pouvoir enfin aller vers les gens et par là même, revoir votre père. Et enfin faire connaissance avec votre belle-mère et votre petit frère. Ce dimanche, vous vous êtes rendue chez eux par le bus, et la longueur du trajet aidant, avez eu le temps de réfléchir à la situation que vous appréhendiez quelque peu, forcément. Le côté taciturne de votre père vous a toujours mise mal à l'aise, et vous ne pouvez que remercier Zohra, votre belle-mère, de vous avoir accueillie comme elle l'a fait. Pas comme une belle-mère avec tout ce que cela peut comporter : respect dû à l'âge, solennité, politesse, petits sourires timides ou d'appréciation. Non !!! Comme une grande soeur. Elle n'avait en effet que 6 ans de plus que vous, elle était jeune, moderne, ouverte, à l'esprit - malgré sa culture - plus "occidental" qu'oriental, et c'est par amour (non pour mariage blanc, comme diront certaines mauvaises langues), qu'elle a suivi votre père. Par amour qu'elle lui a donné cet enfant. Son fils, leur fils, Samir. Votre petit frère. Dans son habituel silence, vous sentiez votre père serein, heureux, fier de sa nouvelle famille et de cette famille recomposée avec tant de facilité. Une facilité qui vous a stimulé et donné l'envie d'y retourner, un dimanche sur deux, pour le week end. Pour profiter chaque fois plus d'eux. Ou tout simplement mieux les connaître ...
Le samedi, vous le passiez avec votre belle-mère, à discuter de la vie, échanger vos recettes de cuisine. Vous lui parliez blanquette, bourguignon, crêpes, elle vous parlait feuilles de brick, gâteau de dattes, couscous, en vous apprenant à les préparer. Quand il faisait beau, vous alliez vous balader vers le bois de Vincennes, où votre petit frère, plein de vitalité, aimait se dégourdir les jambes tout autant que délier sa langue. Avant le dîner, les blagues de Stéphane Collaro et ses acolytes faisaient - chose rare - sourire votre père, et les Cocogirls ouvrir de grands yeux à votre petit frère qui baillait aux corneilles devant ces jolies demoiselles ; situation, à un si jeune âge, qui amenait forcément le rire général ! Après avoir joué sagement avec ses voitures ou jeu de construction, Samir allait tout aussi sagement au lit, sans rechigner. Restés tous les trois, avec un père qui pratiquait un humour maladroit voire parfois déplacé le peu de fois qu'il parlait, l'échange ne semblait pas plus facile et la volubilité de Zohra était la bienvenue pour éviter des silences gênés et les yeux baissés.
Le dimanche, vous le consacriez "aux deux hommes". Vous aimiez aller au marché et vous y partiez de bon matin, sans forcément acheter quoi que ce soit, mais histoire de regarder, palper cette ambiance de marché que vous aimiez tant, et surtout, sentir la petite main de votre petit frère qui, dès que vous lui avez tenue pour traverser la route, ne vous l'a plus lâché. Il discutait. Vous ne l'intimidiez plus. Il vous connaissait à présent. Il ne comprenait peut-être pas qui vous êtiez vraiment, mais il ne vous quittait plus. De la main. Du regard. Il avait confiance et instaurait une complicité en vous montrant fièrement ses dernières chaussures, la voiturette rouge achetée deux jours auparavant qu'il, chuchotait-t-il, "cachait dans la poche de son blouson", en insistant pour donner les sous au boulanger quand vous preniez la baguette, en plantant ses beaux yeux marrons dans les vôtres quand vous lui expliquiez quelque chose. Ce petit garçon plein d'insouciance et de joie de vivre était un petit rayon de soleil dans la vie d'ado que vous quittiez et celle d'adulte que, tout doucement, vous abordiez. Cette vie d'adulte qui vous prenait peu à peu plus de temps, qui vous attirait un peu plus à elle chaque jour avant de vous happer dans le tourbillon quotidien métro/boulot/dodo et vous éloigner doucement, mais irrémédiablement, des gens que vous connaissiez, ou que vous appreniez à connaître...
Vous veniez d'avoir 27 ans, et voilà près de dix ans que vous n'aviez plus de nouvelles de votre père, de votre belle-mère ni de votre petit frère. C'est vrai, vous n'avez jamais eu le capital "décrochage de téléphone" très développé mais vous avez toujours compensé en écrivant, environ 4 fois par an, sous oublier la carte de bonne année. Toutes restées sans réponse. Votre maternité toute neuve vous a donné une autre raison de maintenir cette correspondance, malgré tout. Alors, tous les six mois, vous avez envoyé une photo datée de votre fils, car vous vous disiez que, malgré son silence, votre père était en droit de connaître son petit-fils et votre frère, son neveu. Toutes restées sans réponse également. Quelques mois après les 5 ans de votre fils, vous avez envoyé une photo que vous vous promettiez être la dernière. Et, contre toute attente, avez ajouté au dos votre numéro de téléphone. Comme si vous saviez. Quelques jours plus tard, votre portable a sonné. Votre belle-mère vous appelait pour annoncer le décès de votre père. Après tant d'années, c'était étrange de l'entendre et de discuter avec elle. Ils s'étaient séparés mais vivaient non loin l'un de l'autre, pour que votre frère alors adolescent, qui vivait avec sa mère et l'ami de cette dernière, puisse voir son père autant qu'il le souhaitait. Curieusement, cet été là, Samir a choisi de partir en Espagne avec des amis et est passé non loin de Bordeaux, sans penser à s'y arrêter. Les retrouvailles n'étaient pas encore pour cette fois...
Quelques semaines plus tard, votre frère vous a appelé. La conversation s'est faite simple, fluide. Vous avez souri en écoutant ce qu'il devenait, vous étiez fière de lui car, malgré des origines parentales modestes, il était excellent élève et parvenu en études poussées. Vous avez peu parlé de votre père. Vous aviez si peu de choses en commun de vécu avec lui. Samir vous a juste dit qu'à chaque photo de votre fils reçue, il les accrochait dans un petit cadre au-dessus de son lit, pour faire connaissance avec son neveu et le voir grandir. Alors que votre père conservait les petits courriers qui accompagnaient l'envoi de chaque photo et pleurait à leur lecture. Vous lui dites que vous ne comprenez pas son silence, mais que cela viendra plus tard. Peut-être. Vous veniez juste de retrouver votre frère et le lien était encore bien trop fragile pour discuter de choses difficiles. Vous aviez juste envie de légèreté, et surtout l'envie de consolider ce lien en gardant contact, en ne le perdant tout simplement plus de vue. Les mois, les années ont passé. Le lien est devenu moins tenu au fil des conversations téléphoniques, peu fréquentes mais chaque fois plus longues. Votre frère, toujours brillant, est passé par HEC, puis par une école de management à Grenoble qui lui a permis d'être ensuite assistant de contrôle de gestion dans de grosses entreprises françaises, avant d'être auditeur superviseur. Il fait du sport régulièrement. Il aime voyager. Il est amoureux et s'est installé avec sa petite amie à côté de Paris. Il semble bien dans ses baskets, bien dans sa vie. Vous êtes heureuse pour lui. Pour eux. Toujours aussi peu fan de téléphone, vous préférez lui écrire via un réseau social, sur lequel il est votre "ami". Cà vous fait sourire. Non, c'est votre frère avant tout...
Cet été 2011, au détour d'un message Facebook, le voilà vous proposant un rendez vous sur Bordeaux, où il fera une petite escale de deux jours avec sa petite amie, à la recherche d'un soleil qu'ils n'ont pas su trouver lors d'un trekking népalais, surpris par les moussons. Un message en réponse, deux SMS, un message vocal. Samedi 27 Août. 15 heures. Vous voilà avec votre ado, ce neveu qu'il ne connait pas, assis sur les marches du Grand Théâtre, lieu aisément repérable pour les touristes et autres non Bordelais. Vous êtes étrangement calme et détendue, au soleil, avec plein de souvenirs d'enfance qui ressurgissent, fugaces. De petit garçon rond, brun et frisé, vous savez qu'il est devenu un homme de 1m90, mince, le cheveu toujours brun mais court. Même dans la foule du samedi, vous ne pouvez pas le louper. Le voilà. Il vous a reconnu aussi. Vous vous embrassez et vous parlez comme si vous vous étiez quittés la veille, vous vous présentez respectivement petite amie et ado, son neveu. Il fait beau en cette fin août et vous vous installez en terrasse où vous consommez, échangez, vous découvrez, vous redécouvrez. Pas de gêne, pas d'yeux baissés, pas d'ange passé, même quand vous évoquez le sujet ô combien difficile de la famille, en vous excusant presque que cette dernière soit éclatée et peu encline aux relations familiales, par la force des choses. Il sourit, un peu résigné de cet état de fait, mais vous comprenez qu'il semble avoir compensé avec la famille de son amie. Et puis sa mère est toujours là, présente. Trop présente, plaisante-t-il, jusqu'à deux appels téléphoniques par jour ! Bah, c'est excessif, certes, mais c'est une mère avant tout ! Votre ado boit ses paroles, répond à ses questions. Il s'est découvert un autre "tonton" avec qui il partage depuis ses avis sportifs, musicaux et cinématographiques sur Facebook où il l'a comme "ami", lui aussi. Cà vous fait sourire. Non, c'est son oncle avant tout ...
Poème "Rivalités forestières"
Non sans fierté mais avec objectivité, vous avez remarqué depuis longtemps que votre ado maniait la langue française avec autant d'aisance dans la culture que d'insolence dans l'argumentation. Vous vous disiez donc (et vous n'aviez pas tort vu ses notes!) qu'il était fait pour les matières littéraires et linguistiques, même si lui s'en défendait et revendiquait haut et fort que sa première serait "S" et non "L". Soit. Qu'à cela ne tienne.
Sauf que, lorsque le prof de français leur donne comme devoir une poésie à créer, sans obligation de rimes mais inspirée "Des deux coqs" de Jean de Lafontaine, et que votre ado vous ramène un 16/20, et bien cela ne fait que vous conforter un peu plus dans votre idée...
A vous d'en juger !
Rivalités Forestières
Depuis longtemps la paix régnait
Dans ce tranquille abri de forêt
Jusqu'au jour où, il le fallait bien,
Un bûcheron y mit fin.
La scie dentelée, confortablement installée,
Ne tarda pas à rencontrer
La tronçonneuse neuve, forte et résistante,
Future cause de rivalité.
Toutes deux vantaient leurs bienfaits :
Confort et légèreté pour la dentelée,
Robustesse et rapidité pour la nouvelle arrivée,
La querelle ne faisait que commencer.

Il fallut alors les départager,
Le défi fut lancé :
Celle qui, le plus vite arriverait,
A abattre le chêne qui lui était attribué
Serait déclarée vainqueur.
La tronçonneuse s'exclama :
"Ô pauvre scie que tu es, tu ne gagneras pas,
Car de ma chaîne mécanisée, je me déchaînerai
Sur ce pauvre chêne que l'on m'a attribué,
Et ainsi je triompherai.
La frêle scie n'eut d'autre choix que de répliquer :
" Tu peux toujours te vanter de ta modernité,
Mais face à ma souplesse tu ne peux te dresser !
Il se peut, certes, que je manque de rapidité,
mais mon efficacité n'en reste pas moins prouvée.
Trève de discussion, mon brave, agissons ! "
Les deux objets s'attelèrent donc à la tâche.
Et chacun à son rythme entama le tronc.
La scie se fatigua bien vite,
Tandis que la tronçonneuse en était presque venue à bout.

Cette dernière remporta le combat,
Et ne tarda pas à crier sa joie.
Tous les bûcherons assistant à la scène
Furent auditeurs du vacarme de sa chaîne.
La scie, vaincue, alla se terrer
Pendant que la tronçonneuse était honorée.
Mais sitôt eut-elle crié victoire,
Que le chêne sur elle alla choir.
Sous le poids de l'arbre, celle-ci succomba.
Les bûcherons se tournèrent donc vers la scie
Qui fût à son tour à l'honneur.

MORALITE
La Fortune se plaît à faire de ces coups,
Tout vainqueur insolent à sa perte travaille !
Défions-nous du sort, et prenons garde à nous,
Après le gain d'une bataille.
"Courrier indésirable" Part Two

ou quand le Beau Parleur a déménagé depuis votre séparation - il y a trois ans - par 4 fois minimum, et semble n'avoir toujours pas fait le suivi de son changement d'adresse auprès de tous les organismes.
ou quand le Beau Parleur n'a toujours pas fait sa radiation auprès de votre mairie pour s'inscrire dans celles des villes dont il a dépendu depuis, alors qu'il se disait très intéressé par la politique, limite militant, votant pratiquant et qu'il vous faisait culpabiliser de ne rien comprendre au sujet et de ne pas pratiquer votre devoir de citoyenne (oui, chuut, je sais!!!)
ou quand le Beau Parleur n'est vraiment qu'un Beau parleur.
ou "no comment !", et vous vous demandez :
- renvoyer le tout à la Mairie avec un simple "NPAI" ?
- jeter le tout à la poubelle car après tout, il n'avait qu'à faire son devoir de citoyen en temps et en heure ?
AM STRAM GRAM ...

